Le travail de nuit est une nécessité dans de nombreux secteurs, mais ses conséquences sur la santé sont désormais bien établies. Fatigue chronique, troubles métaboliques, risques cardiovasculaires…Le point sur les impacts de ces horaires atypiques sur la santé.

Quels sont les horaires dits atypiques ?

Les modes de travail évoluent et entrainent des horaires et rythmes dits « atypiques ». À savoir des aménagements du temps de travail en dehors de la semaine standard de cinq jours entre 5h00 et 23h00. 
Les formes d’horaires atypiques les plus répandues sont :
  • le travail de nuit sur horaires fixes et alternants 
  • le travail posté, lorsque les salariés forment des équipes différentes qui se succèdent sur un même poste de travail sans jamais se chevaucher 
  • le travail de fin de semaine.
Les travailleurs de nuit sont en majorité des hommes trentenaires, mais de plus en plus de femmes sont concernées, en particulier celles de moins de trente ans.

Quels secteurs sont concernés par le travail de nuit ? 

Le travail nocturne s’impose dans certains domaines pour assurer la continuité des services, la sécurité ou le fonctionnement de l’économie. Si historiquement, seuls certains métiers étaient concernés, l’évolution des modes de vie, de la mondialisation et des technologies numériques a étendu cette réalité à de nombreux secteurs.
Le secteur médical et paramédical est le plus emblématique du travail de nuit : 
  • hôpitaux et cliniques où les équipes soignantes (infirmiers, aides-soignants, médecins, personnel d’entretien) assurent la prise en charge des patients, de jour comme de nuit
  • services d’urgence et de réanimation qui nécessitent une présence permanente
  • structures d’hébergement médicalisé, comme les EHPAD, Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes où le personnel veille au bien-être des résidents en continu. 
Ces secteurs combinent travail nocturne, horaires irréguliers, forte charge émotionnelle et stress, augmentant les risques pour la santé des travailleurs.

Les métiers de la sécurité imposent eux aussi une présence permanente pour garantir l’ordre et la protection de la population, notamment :
  • police, gendarmerie, dont les patrouilles et interventions s’étendent sur 24 heures
  • sécurité privée avec la surveillance de sites sensibles, d’entreprises ou d’événements
  • pompiers et services de secours qui interviennent en cas d’urgence
Ces professionnels sont soumis à des horaires décalés, souvent imprévisibles, avec des nuits parfois très actives et peu propices au repos.

Quels sont les impacts sur la santé ?

Le travail de nuit ne se limite pas à perturber le sommeil. Il engendre des dérèglements physiologiques qui affectent l’ensemble de l’organisme avec des conséquences à court, moyen et long terme. Les études de l’impact du travail de nuit sur la santé des individus mettent en évidence trois niveaux d’effets du travail de nuit sur la santé :

1. Les effets avérés

Ils concernent le sommeil, la somnolence et le syndrome métabolique. Lors d’un travail de nuit, il se produit une désynchronisation entre les rythmes circadiens (notre horloge interne) calés sur un horaire de jour et le cycle activité-repos et veille-sommeil imposé par le travail de nuit. 
Cette inversion artificielle du rythme entraîne plusieurs perturbations majeures dont une désynchronisation entre l’horloge biologique interne et les exigences de la vie professionnelle et sociale. Tandis que le corps réclame repos et récupération, la personne est sollicitée physiquement et intellectuellement. 

L’exposition à la lumière artificielle des lieux de travail va également perturber ou retarder la production de la mélatonine. Le cerveau reçoit des informations contradictoires, ce qui complique l’endormissement et la qualité du sommeil en journée. Une fatigue chronique s’installe progressivement, car le sommeil diurne est souvent de moins bonne qualité (plus court, fragmenté, moins profond et moins réparateur que le sommeil nocturne).

Cette désynchronisation est aussi favorisée par des conditions environnementales peu propices au sommeil de jour : la lumière, la température plus élevée, le niveau de bruit plus élevé, le rythme social et les obligations familiales.

2. Les effets probables 

Quand ce cycle est inversé, plusieurs complications peuvent apparaitre. Parmi elles : 
  • la prise de poids
Les travailleurs de nuit ont tendance à grignoter plus fréquemment, notamment des aliments riches en sucres et en graisses, souvent par fatigue ou pour maintenir leur vigilance. Parallèlement, la dépense énergétique globale diminue, et favorise un déséquilibre calorique et une prise de poids progressive.
  • un diabète de type 2 
Des études ont montré que le travail nocturne perturbe la régulation du glucose sanguin. La sensibilité à l’insuline diminue et sa résistance augmente, un facteur clé dans le développement du diabète.
  • chez les femmes, une difficulté à concevoir un enfant
Des études indiquent que les femmes qui travaillent régulièrement la nuit mettraient plus de temps à concevoir un enfant par rapport à celles ayant des horaires diurnes classiques. Ces difficultés peuvent être aggravées par l’âge, le travail posté et la durée d’exposition au travail de nuit.

Le travail nocturne est également associé à un risque plus élevé de complications pendant la grossesse
-taux plus élevé de fausses couches spontanées, en particulier chez les femmes travaillant de nuit au cours du premier trimestre 
-risque augmenté d’accouchement prématuré ou de retard de croissance intra-utérin 
-troubles du sommeil maternel qui impactent indirectement le développement du fœtus.

Le travail nocturne chez les femmes a également pour conséquences une augmentation du risque de développer certains cancers dits hormonodépendants.
Ce lien s’explique principalement par la perturbation de la production de mélatonine, hormone clé régulée par l’exposition à la lumière. La mélatonine ne se contente pas de favoriser le sommeil. 
Elle possède aussi des propriétés antioxydantes et un rôle de régulation des cellules potentiellement cancéreuses. En cas d’exposition à la lumière artificielle nocturne, la production de mélatonine diminue, ce qui est propice au développement de tumeurs.
  • des cancers chez les femmes mais aussi chez les hommes 
Des recherches évoquent le lien entre travail de nuit prolongé, perturbations hormonales (mélatonine) et augmentation du risque de cancer du sein ou de la prostate, bien que les mécanismes précis soient encore à l’étude.

Mais l’Agence internationale pour la recherche sur le cancer a classé le travail de nuit dans le groupe 2A, c’est-à-dire « probablement cancérogène pour l’humain », en raison de son effet perturbateur sur le rythme circadien et ses potentielles implications dans la survenue de cancers.

3. Les effets possibles 

Un syndrome métabolique
Il se caractérise par plusieurs troubles métaboliques : hypertension artérielle, taux de cholestérol anormal, élévation de la glycémie et excès de graisse abdominale. Ces facteurs augmentent le risque global de maladies cardiovasculaires et métaboliques. 

L’impact du travail de nuit sur le système cardiovasculaire est désormais bien documenté. La fatigue chronique, le stress, le manque de sommeil et les perturbations métaboliques créent un terrain propice aux déséquilibres cardiovasculaires.
Des recherches ont mis en évidence un risque accru d’hypertension artérielle, trouble souvent silencieux mais majeur dans le développement des maladies cardiaques.

Le risque d’accidents vasculaires cérébraux et d’infarctus du myocarde est également augmenté chez les travailleurs de nuit, en raison de l’accumulation de facteurs de risques.
De plus, les enquêtes sur les conditions de travail indiquent généralement des facteurs de pénibilité physique et des contraintes plus présents dans le cadre du travail de nuit. Les travailleurs de nuit sont également plus exposés aux risques d’accidents du travail.
Ces risques sont amplifiés lorsque le travail de nuit s’accompagne d’autres facteurs comme le travail physique intense, le stress ou l’exposition à des substances nocives.

Quels sont les impacts sur la vie de famille ?

Le travail de nuit implique un décalage avec les rythmes sociaux et familiaux. Tandis que la majorité des proches vivent le jour, le travailleur de nuit dort ou travaille en horaires inversés. 
Ce décalage peut engendrer :
  • une sensation d’exclusion des cercles familiaux, amicaux et sociaux
  • des difficultés à maintenir une vie sociale équilibrée
  • un sentiment de solitude ou d’isolement qui peut accentuer les troubles psychiques.
À long terme, cette désocialisation participe au mal-être général et peut contribuer à l’aggravation des problèmes de santé mentale et physique.

Quelles sont les recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire ?

L’Anses recommande de limiter le recours au travail de nuit aux seules situations nécessitant d’assurer les services d’utilité sociale ou la continuité de l’activité économique. Elle préconise également de mieux l’encadrer et d’optimiser son organisation afin d’en minimiser les impacts. 

Par ailleurs, l’Anses recommande :
  • d’évaluer l’adaptation du cadre réglementaire en vigueur à la protection de la santé des travailleurs de nuit et de le faire évoluer, le cas échéant, en considérant la dimension européenne 
  • de réaliser un état des lieux des pratiques de terrain visant à protéger la santé des travailleurs de nuit (durée maximale quotidienne de travail, temps de pause, repos quotidien minimal, repos compensateur ou encore suivi médical, …) 
  • d’évaluer l’impact sanitaire des effets du travail de nuit (nombre de cas pour chaque pathologie potentielle dans la population des travailleurs) 
  • d’évaluer les coûts sociaux associés au recours au travail de nuit (arrêts de travail, maladie professionnelle, absentéisme, etc.) qui pourraient être mis en regard des bénéfices potentiels.
Pour les femmes 
Les femmes exerçant un travail de nuit, notamment dans les secteurs hospitaliers, de la sécurité ou de l’industrie, doivent être particulièrement attentives à leur santé :
  • surveillance régulière du cycle menstruel
  • consultation spécialisée en cas de projet de grossesse.
  • dépistages réguliers des cancers, en particulier du sein
  • aménagement du poste de travail en cas de grossesse, réduction du travail de nuit, adaptation des horaires…
De plus en plus d’experts et d’organisations de santé recommandent une évaluation personnalisée des risques liés au travail nocturne chez les femmes, tenant compte de leur âge, de leur état de santé et de leur désir d’enfant.

Quelles sont les obligations pour l’employeur ? 

L’employeur est tenu d’évaluer l’ensemble des risques auxquels sont soumis les salariés de son entreprise et de préserver leur santé physique et mentale.
Les risques liés au travail de nuit sont à prendre en compte au moment de l’évaluation des risques et à intégrer au même titre que les autres risques.
Cette évaluation est la première étape d’une démarche plus globale de prévention avant d’aboutir à un plan d’actions.

À retenir

Selon le code du travail, le recours au travail de nuit doit rester exceptionnel et prendre en compte les impératifs de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs. Les impacts sur la santé sont nombreux.